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 :: Critique de la planification écologique technocratique verte ::
 Themen | Anti-Kapitalismus/Globalisierung | Ökologie 07-03-2017 13:22
AutorIn : Pièce et main-d'oeuvre : http://partage-le.com/2017/02/critique-de-la-planification-ecologique-a-propos-de-la-technocratie-verte-par-pmo/
L'enfer vert Critique de la planification écologique : à propos de la technocratie verte (par PMO)

Parmi une multitude de projets « écosocialistes » destinés au « redressement industriel », à la croissance et à l’emploi, Jean-Luc Mélenchon, son Parti de Gauche et/ou son Front de gauche, défendent la candidature d’Annecy aux Jeux olympiques d’hiver, le TGV Lyon-Turin, le méga-canal Seine-Nord-Europe, la construction d’Iter à Cadarache et la colonisation des fonds marins.
L'enfer vert
L'enfer vert
La construction d’une hydrolienne. L’écologie industrielle. Ou juste : l’industr
La construction d’une hydrolienne. L’écologie industrielle. Ou juste : l’industr
Routes du commerce mondial
Routes du commerce mondial
Le développement durable est un mensonge !
Le développement durable est un mensonge !
Le développement durable est un mensonge !
Le développement durable est un mensonge !
Cela méritait bien cette « Critique de la planification écologique » [originellement publiée sur le site de PMO  http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=416%29, ], contre ce leurre du Front de Gauche pour pêcher l’écolo écœuré de l’arrivisme des Verts et de leur projet de capitalisme vert (tout est vert chez les Verts).

Cette critique figure à la suite de L’Enfer Vert. Un projet pavé de bonnes intentions (édition revue et corrigée), publiée le 15 avril 2013 aux Editions L’Echappée (126 p., 9 euros).

C’est que le projet Vert et le projet Rouge se croisent dans la planification et la technologie pour aboutir à une « planète intelligente » (IBM). La mise en place d’un Etat d’urgence global, innervé par la cybernétique. « Les limites nécessaires à la préservation de la vie seront calculées et planifiées centralement par des ingénieurs écologistes, et la production programmée d’un milieu de vie optimal sera confiée à des institutions centralisées et à des techniques lourdes. C’est l’option technofasciste sur la voie de laquelle nous sommes déjà plus qu’à moitié engagés. » (André Gorz, Ecologie et liberté, 1977)

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Face à la Crise, les adversaires de l’austérité et du libéralisme rabâchent les heureuses expériences des grands programmes de planification économique de relance. Depuis quelques années le New Deal (Nouvelle Donne en anglais) refait surface jusque dans un collectif nommé « Roosevelt 2012 »[1] On exhume le rapport Beveridge anglais, le Plan Marshall, le Commissariat Général au Plan.

Ces espérances de relance productive s’accompagnent néanmoins d’une feinte prise en compte des limites écologiques de la planète. « Le futur pacte de croissance européen doit être ‘vert' »[2] trépignent les eurodéputés écologistes. En 2009, l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) publie son « Cadre de la stratégie pour une croissance verte ». Il faudrait « Verdir l’appareil productif pour retrouver la croissance », estime Le Monde[3]. En août 2012, le Centre d’analyses stratégiques — le bureau de prospective rattaché au premier ministre — publie un rapport intitulé « Des technologies compétitives au service du développement durable ». Le fond de l’air est vert.

Les partisans de la planification se trouvent « naturellement » à la gauche de la gauche. Et plus particulièrement au Front de gauche, lui aussi rallié à la verdeur ambiante — Mélenchon reconnaissant d’ailleurs la carence écologique de la gauche industrielle. Plus de cinquante ans après les premières dénonciations de la « société de consommation », du « système technicien » ou de la « société nucléaire », et deux cents ans après l’insurrection des luddites contre la discipline de fabrique. Mais quand un front commun de socialistes, de communistes, d’altermondialistes et d’écolos de gauche prend la défense de l’environnement, on découvre vite qu’ils programment, en compétition avec Europe Écologie, l’Enfer Vert.

Vous pensiez qu’une alliance entre Rouges et Verts atténuerait les ravages du capitalisme ? Sous la banderole écosocialiste, le programme du Front de gauche comme l’action des élus locaux ne portent qu’un énième projet de relance industrielle. Vous pensiez la vieille planification centralisée et autoritaire définitivement ringardisée par les conseils en analyse stratégique ? Le Front de gauche offre une nouvelle légitimité à une technocratie d’État plus effective que jamais, quoi qu’en disent les ennemis du « libéralisme ». Si l’Enfer Vert des écologistes est un contrôle des comportements lié à une rationalisation technologique, celui des écosocialistes est une économie dirigiste avec un vernis écologique.


Vert de rouge
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Liquidons d’emblée les velléités écologistes du Front de gauche en les confrontant à la réalité de leurs engagements. Leur programme aux dernières présidentielles annonçait que la planification écologique « permettra de préciser les orientations et les investissements publics. […] Nous soutiendrons les politiques d’investissements des entreprises vers les innovations industrielles aux productions utiles. »[4] C’est par exemple la création d’un « pôle national des transports publics favorisant le développement des transports collectifs [qui] développer[a] le transport ferroviaire et fluvial et le transport maritime côtier. »

Les amoureux d’une vie libérée de la course au néant existentiel et du transport de marchandises sur les paysages, se réjouiront d’apprendre que le Front de gauche est un ardent défenseur de la ligne TGV Lyon-Turin (le TAV, en italien). Selon Antoine Fatiga, conseiller régional FG et syndicaliste CGT : « Il faut tenir compte des intérêts des locaux qui ne veulent pas de ligne ferroviaire chez eux, mais aussi de l’intérêt de quelqu’un qui veut faire transporter des marchandises entre un port de Rotterdam et Turin. »[5] Idem pour le projet de ligne à grande vitesse entre Tours et Bordeaux : « Nous souhaitons par ailleurs et toujours dans la même logique insister sur la pertinence supra nationale de ce projet. »[6] Les intérêts supérieurs de l’économie primeront sur les bouseux qui tiennent encore à leur terre.

Dans le Nord-Pas de Calais, les élus du Front de gauche se liguent aux industriels et à tous les autres partis, de droite comme de gauche, pour réclamer la relance du monstrueux canal Seine-Nord-Europe au prétexte de lutte contre l’austérité. Du béton et des conteneurs, c’est de l’emploi.

Soutenant la candidature d’Annecy aux Jeux Olympiques d’hiver de 2018, le groupe Front de Gauche de la région Rhône-Alpes souhaitait « contribuer à ce que la région pèse de tout son poids pour une candidature exemplaire qui illustre une conception moderne des plus grands événements sportifs. »[7] À la condition d’une plus « haute qualité sociale » après s’être satisfaits des efforts entrepris pour que ces « Jeux » soient placés sous le signe de la haute qualité environnementale. C’est connu, les Jeux olympiques d’hiver, leur bétonnage, leur gaspillage et leur pollution de l’eau et des sols, leur transport de masses, il n’y a pas plus bio.

Tandis que le candidat Mélenchon promet un grand débat national « sous contrôle citoyen »[8] sur l’énergie, les élus Front de Gauche de Provence-Alpes-Côte d’Azur et la commission Enseignement Supérieur et Recherche du Parti de gauche soutiennent la construction de la centrale nucléaire ITER de Cadarache : un « projet collaboratif de recherche publique [dont] les résultats concerneront l’intérêt général. » Ne dites plus ravages industriels, dites « intérêt général ». Au nom de « la liberté de la recherche », claquons 15 milliards d’euros d’ici un demi-siècle pour des résultats douteux. Comment en serait-il autrement puisque le pilier du Front de gauche est le parti communiste français, co-gestionnaire de l’industrie nucléaire depuis la création du Commissariat à l’énergie atomique juste après Hiroshima.

Ceux qui aiment les paysages côtiers profiteront bientôt des usines d’éoliennes au large de Cherbourg et Saint Nazaire transformés en zone industrielle. Ces marchés remportés par le consortium EDF-Alstom répondraient, selon le Front de gauche de la Manche, « aux enjeux industriels et écologiques immédiats » tels que recharger son iPad ou faire tourner des data centers, les principales causes d’augmentation de consommation d’électricité.

Dans son livre halluciné La règle verte, Jean-Luc Mélenchon jubile à l’idée de coloniser les fonds marins, espace « immense » et encore méconnu qui fera de la France « la première nation maritime » : « Voilà la grande ambition que nous pouvons avoir : la découverte, la conquête de la mer, comme nous avons conquis l’espace ! […] Nous pouvons être les premiers, par notre science, notre technique à la fois, à la découverte, puisque 15 % à peine de la biodiversité marine est connue. »[9] Grâce à ses DOM-TOM, la France possède la deuxième plus grande surface côtière du monde. Une aubaine ! Exploitons le mouvement de la mer — « gratuit et infini » — pour produire de l’électricité. Tant pis si les turbines sous-marines (hydroliennes  http://partage-le.com/2016/11/les-illusions-vertes-lexemple-de-lindustrie-des-hydroliennes/ ) sont faites de matériaux coûteux et bientôt épuisés.

Outre les fonds marins, les profondeurs de la terre devront aussi contribuer à l’effort national. L’industrie pétrolière se reconvertira dans la géothermie : « Ce sont exactement les mêmes métiers : faire des trous, très profonds [jusqu’à 5 km], repérer les ressources, créer des anneaux, mettre au point les aciers, ce qui signifie donc que nous ayons une sidérurgie. » Pas un espace de cette planète qui ne soit la proie de ces ambitions écologiques.

Mélenchon appuie le redémarrage du site sidérurgique de Florange, la conscience verte en plus. Grâce au procédé ULCOS de captation du CO2 et de réintroduction dans le cycle de fabrication des gaz productifs, celui-ci deviendrait le parangon de l’écologie industrielle. Ou de l’économie circulaire. Un mythe selon lequel rien ne se perd, les déchets des uns faisant les profits des autres. Loin d’être une innovation écologique, c’est un lieu commun du technocapitalisme pour rationaliser les process industriels et baisser les coûts de production.

Même logique dans la proposition de pipeline entre la papeterie M-Real, promise à la fermeture, et la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne pour valoriser les débris de bois et en tirer de l’huile. L’utilité de ces activités et la fuite en avant industrielle n’est jamais questionnée : « Nous devons réquisitionner les raffineries qui veulent fermer, parce que notre pays a besoin de raffineries, et notamment pour tous les produits de la chaîne chimique« [10] — coupable du biocide planétaire depuis la fin du 19ème siècle. « Si vous conspirez avec des gens qui décident de fermer, comme cela a été le cas à la Célanèse, l’unique usine d’acide acétique du pays, vous serez pourchassés. » Pas un mot sur ces industriels qui conspirent, avec la complicité des services de l’État, contre la terre, l’eau, notre santé et celle des travailleurs. Il y aurait pourtant de quoi dire sur cette « zone à cancer », comme on appelle les dizaines d’hectares autour de cette usine chimique des Pyrénées-Atlantiques. Bien que le site soit fermé, et la dépollution engagée, il est recommandé « de ne pas toucher aux fosses à noir de carbone, déchets issus de la production d’acide acétique, mais de les laisser in situ et sous surveillance. Soit pérenniser une grosse décharge d’une quinzaine d’hectares. »[11] Un énième sarcophage de béton pour un territoire mort. Pas de quoi émouvoir Mélenchon.

Au Front de gauche, « l’écologie n’est pas l’ennemie du redéploiement industriel, c’est tout le contraire. » Oscillant de part et d’autre de sa ligne de partage entre le Rouge et le Vert, nos funambules récusent « le modèle d’une économie de services que nous assigne la division internationale du travail pilotée par les financiers. Nous voulons développer et rétablir le potentiel industriel de la France. Parce que l’urgence écologique implique de relocaliser l’économie et que l’urgence sociale commande de lutter contre le chômage ouvrier, nous refusons de limiter notre ambition industrielle à quelques secteurs de pointe et voulons reconstruire un tissu industriel diversifié. »[12] Contre la « tertiarisation artificielle » et la « financiarisation » de l’économie, le Parti de gauche appelle au retour en urgence à la chaîne des Trente Glorieuses et au capitalisme productif. Mais vert cette fois. Ne jurant que par et pour la Grande Industrie, « la radicalité du Front de Gauche est une radicalité concrète, technique, argumentée, raisonnée. »[13] Une radicalité de capitaine d’industrie. Renfilez vos bleus, vos blouses blanches, et au boulot !


La planification écologique existe déjà
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Pour le Front de gauche, les anti-capitalistes et les altermondialistes, l’ennemi, c’est le marché et le privé. Mélenchon dénonce « ceux qui font problème : les multinationales capitalistes et la mondialisation libérale, les actionnaires qui font passer le profit avant l’intérêt général, la commission européenne qui privatise le rail, les ultra-riches qui roulent en 4 x 4 et voyagent en jet privé… » Ni l’État et ses services techniques, ni les collectivités locales ou les services publics supposés naturellement vertueux. Vieille niaiserie de gauche qui oppose l’État protecteur à la barbarie capitaliste. Opposition toujours démentie par les faits. Pour consoler les éternels pleurnichards du « désengagement de l’État », la gauche se réappropriera les moyens de production et tout ira mieux. C’est connu, l’aliénation et l’exploitation dans une usine nationalisée, ne sont pas aussi violentes que chez Arcelor Mittal.

Le Front de gauche souhaite la « maîtrise publique, sociale et démocratique du secteur de l’énergie [en] cré[ant] un pôle 100 % public de l’énergie comprenant EDF, GDF, Areva et Total re-nationalisé. » Idem dans les transports. Kafka aurait adoré ces usines à gaz. Faut-il rappeler qu’un accident nucléaire public reste un accident nucléaire ? Que Tchernobyl, c’était de l’argent public ? Que les TGV, l’aviation, l’artificialisation du vivant (OGM) ou le vivant artificiel (biologie de synthèse), les nanotechnologies, la chimie, le nucléaire, l’informatique ; bref, toutes les agressions sociales et écologiques sont impulsées et pilotées par la recherche publique, et pour une grande part militaire ? Le marché seul ne peut pas assurer les investissements nécessaires. Le marché seul ne peut pas aménager le territoire de sorte que marchandises, informations et salariés arrivent à l’heure.

Les néo-planificateurs doivent se rendre à l’évidence. Depuis l’entre-deux guerres (sinon depuis Colbert), l’État n’a jamais lâché ses fonctions essentielles de directeur technique du territoire et de l’économie. L’État, c’est la planification — « la technique des techniques », disait Bernanos.[14]

Le seul ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie anime dans un Réseau scientifique et technique une quarantaine d’établissements publics ou de services techniques d’État qui conduisent une activité de recherche ou d’expertise. Il commande plus de 38 000 chercheurs, experts et techniciens. Pas un mètre carré ne lui échappe. Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), Office national des forêts (ONF), Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (IFREMER), Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), Institut français du pétrole (IFP), Voies navigables de France (VNF), Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (IFSTTAR), etc.

Parmi les services techniques de l’État, le Service d’études sur les transports, les routes et leurs aménagements (SETRA) planifie le réseau routier ; le Centre d’études et de recherches sur les transports et l’urbanisme (CERTU) cartographie le territoire par satellite pour son aménagement, sans oublier le Centre d’études des tunnels ou le Centre d’études techniques maritimes et fluviales. Des milliers d’agents planificateurs, experts, techniciens, statisticiens.

3 500 agents répartis dans huit Centres d’études techniques de l’équipement (CETE) œuvrent « à la conception et à la mise en œuvre des politiques publiques conduites par le ministère, par leur vocation de recherche, d’innovation, d’expertise, d’études et de diffusion des connaissances scientifiques et techniques et par l’appui qu’ils offrent aux directions générales et aux services déconcentrés. » Voilà la planification. Tous ces organismes d’État sont chargés de « faciliter le transfert de la recherche finalisée vers les entreprises [pour] contribuer au développement de l’économie et des emplois. »[15] Ils fournissent un appui scientifique et technique à la croissance. Ils précèdent, encadrent et viabilisent le marché. Il est faux de dire, comme le font les planificateurs du Front de gauche, que l’État protégerait du marché. La planification »à la française », contrairement à la planification soviétique, a toujours favorisé le marché. Ou alors, l’écosocialisme du Front de gauche ne serait qu’un Green Gosplan.

Le ministère de l’écologie, c’est déjà la planification écologique. Il dispose de sa propre mission chargée des « programmes de prospective sur les modèles et transitions de long terme vers un développement durable, en s’appuyant sur des programmes de recherches. » Il programme déjà « la ville post carbone », les « territoires durables » ou la « transition vers une économie écologique ». L’ADEME par exemple, grâce au Commissariat général à l’investissement, finance des « Investissements d’avenir » de millions d’euros sur les énergies renouvelables, les réseaux électriques « intelligents », l’économie circulaire, les voitures du futur, etc. Pour « accélérer les processus d’innovation » qu’attendent les marchés et « la transition de la France vers un modèle de croissance durable », l’ADEME finance la recherche publique, soutient des filières industrielles et des pôles de compétitivité, des projets d’aménagement de transports ou d’énergie. Le Front de gauche fera la même chose, mais encore plus.
 http://partage-le.com/2015/07/la-mondialisation-les-ravages-de-la-nouvelle-pangee-ray-grigg/


Aux origines de la planification « à la française »
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L’idée d’un pilotage étatique de l’économie naît dans les franges « néosocialistes » de la SFIO et de la CGT inspirées par le Parti ouvrier belge au début des années 1930. Les « néos » sont résolument modernes. Ils se disent la « génération réaliste » face à l’idéal marxiste représenté par Léon Blum. À la fois contre un réformisme « sans allure ni efficacité » et « une révolution sans forme ni date »[16], leur socialisme se veut l’actualisation d’un schéma marxiste dépassé par le « compromis économique » fordiste qui assure désormais à chaque travailleur de quoi consommer. Dépassant la seule lutte des classes et ralliant les nouvelles « classes moyennes », leur « révolution constructive » vise à un renforcement de l’État par la planification et le pouvoir des ingénieurs déjà « à l’œuvre dans la Russie des Soviets, l’Italie de Mussolini, l’Allemagne d’Hitler ou les États-Unis du New Deal. »[17] « Ordre – Autorité – Nation » sont leurs maître-mots face à la crise du capitalisme des années 1930. Ils s’adressent ainsi aux militants de la SFIO réunis en congrès en 1933 : « Le pays doit comprendre que vous représentez dès à présent les premiers éléments de l’ordre socialiste que, depuis que le socialisme existe, vous vous proposez de substituer au désordre capitaliste. »[18] On dirait du Mélenchon avec sa « règle verte » en réponse au chaos écologique. D’ailleurs, disent les néo-socialistes, « l’idéologie de la liberté n’est plus d’aucun secours dans les circonstances présentes. » Cet avènement du socialisme étatique se fera par « l’action méthodique d’une économie contrôlée par la puissance publique. »[19] Avec l’expérience interventionniste de Roosevelt, l’idée gagne peu à peu les autres partis politiques jusqu’à la droite. Un Ernest Mercier par exemple, polytechnicien, PDG d’Alsthom et fondateur du mouvement « Redressement français », promeut un modèle technocratique et corporatiste. Mais ces idées trouvent peu d’échos auprès des décideurs.

La première application véritable du « planisme » revient au régime de Vichy avec la création de la Délégation générale à l’équipement national en 1941, futur Commissariat général au plan en 1946 ; et la création en 1942 du Service national des statistiques qui deviendra l’INSEE à la Libération. Derrière le discours du « retour à la terre » du Maréchal Pétain et des traditionalistes, ce sont les technocrates qui dirigent. D’après l’historien de Vichy Robert Paxton, sous le Front populaire, la lutte d’influence est rude entre députés et techniciens de la fonction publique, appartenant chacun « à des mondes presque distincts »[20]. Conseil d’État, Inspection des finances, Cour des comptes, corps préfectoral et diplomatique, officiers de carrière, tous à la veille de la guerre sortent de l’École libre des sciences politiques (« Sciences Po »). Henri Chardon, président de section au Conseil d’État, enseigne aux élèves de « Sciences Po » en 1936 que la France est « déséquilibrée pour avoir donné une prépondérance excessive aux puissances politiques. »[21] Poussés par la crise, « ce sont les experts qui l’emportèrent » dans l’établissement du budget et la gestion financière. Ils entrent progressivement au gouvernement ; parmi eux, Raoul Dautry, ingénieur des chemins de fer, obtient l’Armement en 1939 et aide Joliot-Curie dans ses recherches sur la bombe atomique. En 1940, avec le régime de Vichy, les technocrates « entrèrent au gouvernement comme en pays conquis », selon Paxton. On parle volontiers de « révolution bureaucratique » : « Les hommes qui, en tenant le haut du pavé dans les ministères, contrôlaient dans l’ombre le gouvernement, sont maintenant eux-mêmes au pouvoir. […] A son apogée, Vichy est l’œuvre d’un corps d’hommes de métier plus que de tout autre groupe social. »

Altermondialiste avant l’heure, en février 1941, François Lehideux, ministre de l’équipement National, dit aux élèves de « Sciences po » que l’Europe doit s’organiser contre la puissance économique des État-Unis. C’est lui qui fait adopter en mai 1941 un « plan décennal pour la productivité ». Toujours selon Paxton, pendant la première guerre mondiale, « la planification avait été progressive, empirique, temporaire. En 40-44, elle fut délibérée, totale et destinée tout aussi bien à une économie d’abondance. »

Le pragmatisme technicien n’ayant que faire des idéologies et de la morale, au sortir de la guerre, les principaux ingénieurs et hauts fonctionnaires restent en fonction, à la Cour des comptes, organisme purement technique, au Conseil d’État ou à l’Inspection générale des finances. Cette dernière étant chargée « de fournir les éléments financiers nécessaires à la planification découlant du dirigisme toujours plus accusé du Ministère de l’économie nationale. » En comparant les annuaires des grands corps d’État, Paxton observe que « c’est dans l’administration publique, dans la modernisation et la planification économique que les mesures — et le personnel — de Vichy se perpétuent avec le plus d’évidence » après 1945. Il remarque plus généralement « qu’aucune des Républiques qui se succédèrent ne songea en fait à démanteler les services d’une administration centralisée, issus du despotisme éclairé, systématisé par les Jacobins et Napoléon qui forment les grands corps de la fonction publique. […] A l’époque même où le suffrage universel devenait la règle pour désigner les parlementaires (1848) et les édiles locaux (1884), on crée donc parallèlement des corps de techniciens appelés à prendre une puissance toujours plus grande dans l’État, et échappant totalement au contrôle de l’électorat. » L’apolitisme des choix techniques explique qu’ils échappent aux processus démocratiques. « Les résistants, d’ailleurs, qui sont contre un retour à l’économie libérale anarchique des années 30, sont des partisans aussi résolus du dirigisme que ne l’étaient les ministres de Pétain. Enfin, ce que choisissent tous les partis, sans oublier le PCF, c’est l’ordre, ce n’est pas la révolution. La IV° République, tout comme Vichy, veut garder la haute main sur l’administration et non la supprimer. Les grands commis, plus influents que jamais et forts de leur récente expérience de planification, sont solidement armés pour le dirigisme des régimes d’après-guerre et le règne des experts. » La Technique ne fait pas de politique, elle est la politique. L’avènement de la société de consommation au milieu des années 1950 s’explique en partie « par le choc de 1940 et les quatre années de Vichy. […] C’est alors qu’une génération de techniciens et de patrons ont acquis une expérience nouvelle et un pouvoir nouveau. »


L’État gestionnaire
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« Modernisation ou décadence » est le leitmotiv du premier plan mis en place par Jean Monnet avec pour tâche de reconstruire un pays laissé exsangue par la guerre. Pierre Massé, commissaire général au Plan de 1959 à 1966, donne une définition de la planification dans son livre intitulé Le Plan ou l’Anti-hasard : « l’interprétation de l’activité humaine comme une aventure calculée, une lutte entre le hasard et l’anti-hasard. […] Ses instruments sont les plans, partiels ou globaux, privés ou publics. »

Voici son analyse du cours de l’histoire : « Aventure et calcul se répondent, s’opposent et, à certains moments, s’équilibrent. Cependant, suivant l’époque et les circonstances, l’un des deux termes prévaut. Il semble qu’en 1914 la balance se soit renversée. »[22] Pour Massé, la guerre qui débute en août 1914 signe la « défaite du calcul ». La suite de l’histoire n’étant que l’avènement de la « déraison » : crise économique des années 1930, montée des régimes totalitaires et second conflit mondial, bombes atomiques sur le Japon, guerre froide, appauvrissement du tiers-monde, « la démocratie politique et économique se maintiendra-t-elle dans un monde de plus en plus soumis aux exigences de la technique et de l’efficacité, c’est-à-dire de plus en plus spécialisé et hiérarchisé ? » Massé reconnaît que les progrès de la science et « l’impérialisme industriel » n’ont pas honoré leurs promesses. « Le monde que l’on comprend mal devient ainsi, à l’extrême, celui de l’absurdité et du non-sens. » La science et la technique lui apparaissent comme « ambivalentes », l’angoisse et l’incertitude croissent : « Résolvant des systèmes à des centaines et bientôt des milliers d’inconnues, téléguidant un missile ou une usine, surmontant la pluralité des langues, [les machines électroniques] nous fournissent l’instrument de calcul qu’appellent les nouvelles dimensions de nos problèmes et l’accélération du changement. On ne peut cependant négliger le risque qu’inventée pour assister le cerveau humain, la machine électronique n’impose sa propre logique dans le choix des problèmes et la manière de les poser, et qu’elle n’engendre ainsi une certaine déshumanisation de l’esprit. »

Technocratie ou barbarie. Face à ce sentiment de chaos — qui n’est d’ailleurs pas qu’un sentiment — la civilisation industrielle nécessite une meilleure gestion par le renforcement de l’État, le contrôle et la planification de l’économie : « Il appartient au calcul économique d’être, dans son domaine, réducteur d’incertitude[23] par ces nouveaux instruments qui s’appellent le plan, la prospective, la recherche opérationnelle. […] Il ne s’agit pas d’éliminer ce qui, par nature, est inéliminable, et d’apporter ainsi aux inquiétudes de l’homme des réponses qui l’apaisent et l’endorment. Il s’agit de lui fournir des éléments de décision qui lui permettent de faire face à l’incertitude par l’action. » C’est ce que Jacques Ellul nomme dès 1954 l’auto-accroissement de la technique[24]. Le système technicien répond techniquement aux problèmes créés par la technique. L’histoire humaine se clôt sur elle-même dans une fuite en avant sans fin vers la dépossession, livrant son destin aux mains des experts et des technocrates. L’État, sa bureaucratie et son autorité se renforcent au fur et à mesure que s’accroît notre dépendance à des superstructures techniques. Il n’y a plus d’échappatoire à la logique gestionnaire : « Le monde où deux et deux font cinq appartient à l’illusion ou au songe. Or, le problème n’est pas de rêver, mais d’agir » continue Massé. Le songe, le rêve, la sensibilité, mais aussi le hasard, l’angoisse, les conflits, l’incertitude, l’erreur font le sel de la vie. Si la planification est l’ennemie du hasard, la planification est l’ennemie de la vie. D’autant plus qu’elle a réponse à tout, que son pouvoir est sans limite : « La beauté a pu être au début de l’industrialisation un objectif difficile. Elle n’est plus aujourd’hui hors de portée pour peu que nous le voulions vraiment » (Massé). La technocratie, c’est le renforcement conjoint de la gestion et du chaos techno-industriel.


L’écologisme et le citoyennisme au secours de la technocratie
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Savoir, c’est pouvoir. La première tâche de la planification est le renseignement, le recensement, l’inventaire le plus fin possible des ressources démographiques, financières, naturelles et techniques. Tâche assumée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), les diverses missions d’études et de prospectives des ministères, services d’État, centres de recherche, etc. Renommé Centre d’analyses stratégiques en 2006, le vieux Commissariat général au Plan prend acte de l’accélération technologique. La prospective ou la stratégie sont à l’innovation technologique ce que les plans quinquennaux ou décennaux étaient au développement industriel. La domination gestionnaire se modernise. Afin de contrarier la « tyrannie du productivisme »[25], le Front de Gauche propose donc la « planification écologique ». Elle serait un « moyen de redéfinir nos modes de production, de consommation et d’échange en fonction de l’intérêt général de l’humanité et de l’impact de l’activité économique sur l’écosystème. » Formule magique. En toute humilité, le Front de Gauche veut renforcer l’omniscience d’un État pour répondre aux intérêts de l’humanité.

Pour planifier l’humanité de façon écologique, il faut sonder ses besoins et ses profondeurs. Les technocrates du Front de gauche mettront en place d’autres « indicateurs que ceux à partir desquels est actuellement jugé le ‘progrès’ des sociétés, notamment le PIB. » Avec la planification écologique, des couches de plus en plus intimes de nos vies seront recensées, analysées, gérées statistiquement par nos experts en qualité de vie. Un Indicateur de progrès humain mesurera l’épanouissement personnel et l’émancipation, calculés selon les taux d’accès à l’éducation (peu importe laquelle) ou l’espérance de vie en bonne santé. Cet indicateur calculera autant la « sociabilité et la cohésion sociale » de la fourmilière France, que ses « libertés » scientifiquement quantifiées, jusqu’à l’inévitable empreinte écologique. Des expériences sont déjà en cours dans le Nord-Pas de Calais pour estimer votre Indice de santé sociale grâce au recensement du taux d’adhésion à des associations ou le nombre d’interactions que vous avez avec votre famille ou vos voisins[26] (Combien de coups de fil avez-vous reçus cette semaine ? À combien de personnes avez-vous dit « bonjour » ? Combien d’apéros ce trimestre ?). Il n’est pas jusqu’à nos amitiés, la défense de nos libertés et de notre émancipation qui ne soient dépolitisées, technifiées, rationalisées, arrachées de nos mains pour être déposées entre celles des experts en sciences humaines. Ainsi se planifie l’intérêt général. L’impérialisme de la mesure n’a plus de limites depuis que les chercheurs en sciences sociales parviennent à « quantifier le qualitatif ». À la manière d’un Pierre Massé qui souhaitait gérer la beauté du monde, le Front de gauche, en prétendant humaniser la technocratie, technocratise l’humanité. « Être sachant, être cultivé, aimer la musique, lire les livres, faire des sculptures, dessiner, réciter de la poésie, voilà des choses qui sont importantes, plus importantes que toutes les autres ! Aimer, être aimé, donner du bonheur, il n’y a pas besoin de montagnes d’argent ! Voilà, mes amis, les valeurs qu’il s’agit de mettre aux postes de commande et qui sont le cœur de la révolution culturelle qui marche avec la planification écologique » prêche le candidat Mélenchon.[27] Passons sur la référence maoïste. Une fois l’imagination au pouvoir, nous aurons perdu notre pouvoir d’imagination.

« Planification citoyenne » : l’expression fait froid dans le dos. Devançant les critiques contre l’aspect centralisé, autoritaire, gestionnaire et froid de la planification, le Front de gauche prétend intégrer les citoyens aux programmes de recherche et développement technoscientifiques. Un an après Fukushima, et draguant le verdaille, il propose un grand débat national sur la politique énergétique « sous contrôle citoyen de l’information jusqu’à la prise de décision [qui] se terminera par un référendum. »[28] Sous contrôle citoyen, c’est-à-dire en fait sous le contrôle des appareils Front de gauche, Parti communiste, Attac, prétendant représenter les citoyens. À quoi peut bien ressembler un débat démocratique à propos du nucléaire dans un pays de 65 millions d’habitants dépendants du nucléaire ? Assemblée générale tous les jeudis 18h sur Internet ? Vote après des duels télévisés d’experts et de contre-experts ?

« Dans le domaine du nucléaire civil, l’ensemble des possibilités — dont la sortie du nucléaire ou le maintien d’un nucléaire sécurisé et public — sera alors tranché. » On l’a vu : pour le Front de gauche, s’il est urgent de réindustrialiser le pays et de faire cracher les cheminées, rien ne presse pour arrêter les usines atomiques. Le pire reste envisageable. D’ailleurs, le Front de gauche n’est pas pressé non plus d’en finir avec la menace absolue qu’est l’arme atomique : « Nous agirons pour la dénucléarisation, pour le désarmement multilatéral et contrôlé de tous les types d’armement. » Entre 2002 et 2011, le budget militaire américain a augmenté de 60 %. S’il faut attendre les États-Unis pour un désarmement multilatéral, les promesses du Front de gauche n’engagent personne.

« Nous abolirons les pôles de compétitivité qui concentrent les activités sur quelques lieux dans une mise en concurrence des territoires, au profit de la constitution de pôles de coopération permettant de mieux lier recherche, formation, production et emploi. » L’éducation populaire au service de la croissance et du productivisme. « Dans ce cadre nous créerons des pôles publics de l’industrie à l’échelle territoriale. Ceux-ci rassembleront les partenaires publics et privés de ces territoires et travailleront en liaison avec les forums citoyens des sciences et de la technologie ou d’autres instances de recherche. […] Le droit des citoyens à intervenir dans le développement de la recherche sera inscrit dans la Constitution. » La version mélenchoniste de la « démocratie technique » (suivant le concept de Michel Callon, sociologue de l’acceptabilité des technologies[29]). On brûle de connaître la forme concrète de ce nouveau droit constitutionnel, sachant que la Recherche & Développement, indispensable à la production et à l’emploi chers au Front de gauche, ne s’accommode d’aucune intervention « citoyenne » et que les chercheurs font leurs valises à la moindre velléité de contrôle populaire.

En croyant citoyenniser la technocratie, le Front de gauche technocratise les citoyens dans une illusoire fusion entre experts et « profanes » sur le terrain des « controverses » scientifiques. Imaginez : A l’ordre du jour de notre premier forum citoyen : la normalisation et la distinction des nano-matériaux, nano-objets et nano-procédés (qu’ils soient synthétiques, bio-sourcés ou hybrides) pour une définition stricte des armes défensives et/ou offensives en vue d’une contribution citoyenne à l’encadrement du commerce des armes par l’UNICRI (Institut interrégional de recherche des Nations unies sur la criminalité et la justice), et la protection de la propriété intellectuelle. Vous avez deux heures.


Pour un Green Deal national, européen ou mondial ?
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Il n’est pas facile de décider qui du Front de gauche ou d’Europe Écologie a les ambitions les plus industrielles. Pour les Verts, « L’industrie du 21ème siècle sera celle d’un éco-développement, elle dépassera le verdissement à la marge (greenwashing) des anciennes industries. »[30] Le réseau électrique sera intelligent grâce aux smart grids — des compteurs électriques reliés à Internet. Leur « écologie industrielle » s’impose pour lutter contre le changement climatique et le dumping social. Des « Projects Bonds » européens financeront leurs pôles industriels. Et l’Europe devient leur « réponse à la mondialisation ».

Si l’Europe ne suffit pas, nous devrons envisager un « contrat social mondial » avec la définition d’un « nouvel objectif de gestion démocratique et participative » pour mettre en œuvre les « Objectifs du Millénaire ». Lieu commun : une catastrophe planétaire (le changement climatique par exemple) appelle une réponse planétaire. D’où leur projet de repousser toujours plus loin et plus haut la décision entre les mains des experts et des centres de pouvoir. Jusqu’où iront-ils ? Jusqu’au gouvernement mondial.

Voyez le livre d’Alain Lipietz Green Deal, la crise du libéral-productivisme et la réponse écologique[31]. Cet ancien maoïste du Parti socialiste unifié passé des rouges aux verts est diplômé de Polytechnique — vous savez, ces gens dont on dit que si on leur confie le Sahara, trois ans après il faudra y importer du sable. Économiste illuminé (ex-chercheur au Centre d’études prospectives d’économie mathématique appliquée à la planification), cet ancien eurodéputé vert milite pour un fédéralisme européen fiscal, monétaire et budgétaire tel que celui voulu par Roosevelt en 1933 aux États-Unis avec son Glass-Steagall Act (séparation entre banques de dépôt et banques d’investissement). L’histoire radote, ou peut-être seulement Lipietz. Lequel propose des écotaxes, des « pollutaxes » et des quotas — « c’est-à-dire la planification en prix ou en quantité » — pour financer une économie « strictement » orientée vers des activités vertes. Et de déplorer l’absence d’un « gouvernement mondial » pour ratifier un super Wagner Act international instituant des droits syndicaux tels que ceux votés en 1935 aux États-Unis. Bien sûr ce gouvernement mondial sera un « régime international coopératif » dans lequel les États contrôleront les émissions de gaz à effet de serre ou favoriseront les transferts de technologies propres. Après la démocratie technique et le développement durable, la technocratie coopérative.

Certes, Lipietz reconnaît que « personne ne souhaite revenir à ces États dans l’État qu’étaient les grandes entreprises technocratiques nationalisées des années 60 ». Mais il s’empresse d’ajouter que la « critique de la bureaucratie, étant données l’urgence et l’ampleur des enjeux qui se présentent à nous, ne doit pas nous empêcher pour autant de mettre en place cette économie dirigée. » La critique du lard ne doit pas nous empêcher de faire du cochon. Ou, si vous préférez, il ne faut pas jeter le lard avec le cochon. Selon Lipietz, théoricien de l’impuissance, nous ne pouvons que subir et nous laisser planifier par ses semblables.

Son modèle est celui de « l’économie mobilisée » par la demande publique déjà expérimentée pendant la « reconstruction planifiée » de l’immédiat après-guerre. Mais au niveau mondial. Un délire d’économiste qui échafaude des usines à gaz en vue de les imposer depuis le sommet du Pouvoir. « Certes, nous n’avons plus de Commissariat général du plan, admet-il sans se décourager pour autant, mais plusieurs des appareils prospectifs ministériels ou académiques sont encore en place, et cette heureuse époque de la »planification à la française » a été transmise par les enseignants à leurs étudiants. » C’est-à-dire ces écoles d’ingénieurs qui fournissent en technocrates de haut rang les sommets du Pouvoir — la haute fonction publique comme les états-majors industriels privés : le Corps des Mines (Mines ParisTech) et l’École nationale des ponts et chaussées (les Ponts ParisTech) bien connus des antinucléaires, Polytechnique, l’École nationale de la statistique et de l’administration économique ParisTech, l’école supérieure d’électricité (« Supélec »), l’École Centrale Paris, AgroParisTech, Télécom ParisTech, etc. N’est-ce pas la fonction de l’économie politique, de l’urbanisme et de la sociologie que d’analyser et de planifier la vie des masses pour susciter les comportements adéquats. Que les antilibéraux se rassurent. Malgré le prétendu recul du service public, l’État n’a pas abandonné toutes ses compétences au marché. Et quand bien même, faudrait-il renouer avec une époque des Trente Glorieuses qui nous a basculé dans la société de consommation et l’aliénation au système productif ? ; cette époque de terre brûlée, sans retour des paysages, des cultures et des langues, de notre santé et nos désirs de vie sauvage ?

L’Enfer Vert du Front de gauche est non seulement planifié par l’État mais protectionniste. Au libre-échangisme d’Europe Écologie-Les Verts, la gauche industrielle oppose la « démondialisation » et le « protectionnisme intelligent ».[32] En fait il s’agit du même cocktail — la querelle ne portant que sur le dosage de vert et de rouge qu’il convient de mélanger. L’accord sur la relance verte de l’économie étant acquis.

Selon Le protectionnisme et ses ennemis[33], ouvrage commun de cinq auteurs du Monde Diplomatique, mensuel à penser de la gauche industrielle, les barrières douanières seraient des digues contre les délocalisations afin de protéger les salaires de la concurrence internationale. Soit. Exemples historiques à l’appui, le livre présente le protectionnisme comme un moyen de revenir à l’époque heureuse du développement industriel : « Quand les pays actuellement développés se trouvaient encore en développement, ils n’ont mené pratiquement aucune des politiques qu’ils préconisent. […] La Grande-Bretagne, en particulier, n’est aucunement le parangon du libre-échange souvent invoqué. Tout au contraire, elle a utilisé avec agressivité et même, dans certains cas, inventé des politiques dirigistes pour protéger et promouvoir ses industries stratégiques. » Le nouveau business-model des altermondialistes : agressivité et dirigisme. Ils ne seraient pas contredits par les néo-socialistes des années trente. « Pendant les années 1960 et 1970, quand il existait bien davantage de protections et autres régulations, l’économie mondiale progressait beaucoup plus vite qu’aujourd’hui. […] L’expérience néolibérale des années 1980 et 1990 s’est tout simplement révélée incapable de tenir sa principale promesse : l’accélération de la croissance. » On voit la sincérité écologiste de ces obsédés de la croissance. Il n’y aura jamais assez d’écrans plasma, d’iPod, de smartphones, de gadgets de consommation à partager avant que les écosocialistes ne s’interrogent sur l’utilité de cette camelote et sur les ravages qu’elle inflige à nos vies, à nos sociétés et au milieu naturel. Les rouges à pois verts et les verts à carreaux rouges relèvent du même musée des horreurs chimériques dont nous espérons, sans trop d’espoir, l’extinction.

Tomjo

Mars 2013


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1 roosevelt2012.fr. On y retrouve des élus du parti socialiste jusqu’au Front de gauche, des journalistes, des associatifs, des universitaires, etc. ↑

2 Thomas Houdaille, secrétaire général du think-tank EuropaNova, et Sven Giegold, député européen allemand du groupe des Verts, Le Monde, 28 mai 2012. ↑

3 11 décembre 2012. ↑

4 L’humain d’abord, le programme du Front de gauche aux élections présidentielles, Librio, 2012. ↑

5 La Voix des Allobroges, 10 août 2011. ↑

6 Déclaration du Parti de Gauche au Conseil Général de Gironde, 21 octobre 2010. ↑

7 Intervention du 21 octobre 2010 au Conseil régional. ↑

8 L’Humain d’abord, op. cit. ↑

9 La règle verte. Pour l’éco-socialisme. Jean-Luc Mélenchon, éd. Bruno Leprince, 2012. ↑

10 Idem. ↑

11 « Célanèse : bras de fer sur les sols pollués », La République des Pyrénées, 9 juillet 2012. ↑

12 L’Humain d’abord, op. cit. ↑

13 La règle verte, op. c it. ↑

14 La France contre les robots, 1947. ↑

15 Les organismes scientifiques et techniques au service du développement durable : developpement- durable.gouv.fr. ↑

16 Perspectives socialistes, Marcel Déat, 1930. ↑

17 Néo-socialisme ? Ordre, autorité, nation, Marcel Déat, Adrien 18 Marquet, Barthélémy Montagnon, Grasset, 1933. Discours prononcés au 19 Congrès socialiste de juillet 1933. ↑

18 Néo-socialisme ? Ordre, autorité, nation, op. cit. ↑

19 Léon Blum, Serge Berstein, Fayard, 2006. ↑

20 La France de Vichy, Le Seuil, 1973. ↑

21 Henri Chardon, cité par Robert Paxton. ↑

22 Le Plan ou l’Anti-hasard, Gallimard, 1965. ↑

23 C’est nous qui soulignons ↑

24 La Technique ou l’enjeu du siècle, Jacques Ellul, 1954, Economica pour l’édition 2008. ↑

25 L’humain d’abord, Librio, 2012. ↑

26 Voir le projet « Indicateurs 21 » du Conseil régional NPdC dans le chapitre « Bienvenue à Gattaca » de L’Enfer Vert. ↑

27 La règle verte, op. cit. ↑

28 L’Humain d’abord, op. cit. ↑

29 Voir Agir dans un monde incertain – essai sur la démocratie technique, Callon, Barthes, Lascousmes, Le Seuil, 2001. ↑

30 Vivre mieux. Vers une société écologique, Europe écologie Les Verts, Les petits matins, 2012. ↑

31 La Découverte, 2012. ↑

32 Le Monde Diplomatique, octobre 2012. ↑

33 H.-J. Chang, F. Lordon, S. Halimi, F. Ruffin, J. Sapir, Les liens qui libèrent, 2012. ↑
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  Bigre !!! Fichtre !!! Nom d'une pipe !!!
07.03.2017 14:13  
Que Mélenchon se foute de notre gueule ne fait aucun doute... D'une part parce que la très crétine "REGLE VERTE" est devenue impossible depuis le néolithique, d'autre part parce qu'il veut faire des usines à SPIRULINE et des bicoques en paille ou en terre...

L'article trop court et très aéré de PMO est encore pire... Pour répondre il faudrait avoir une opinion sur la PLANIFICATION et sur les JO à ANNECY, en passant par je ne sais plus quoi...

Quand on assomme ainsi le lecteur il faut éviter soigneusement de raconter des conneries avérées... Savez-vous, par exemple, que les hydroliennes pourraient être en bois ? Même les hydroliennes de 1km de diamètre que nous construirons au dessus du GULF STREAM...pour produire massivement de l'hydrogène et de l'oxygène liquides...


AutorIn: MARXISTE
  NON-DITS.....
07.03.2017 16:39  
Que veulent exactement ces "ultra écolos" ?
Qu'on vive dans des abris sous roche? Qu'on s'éclaire avec des torches ? Qu'on gratte la terre avec nos ongles pour bouffer des racines comestibles écrabouillées entre 2 caillasses ?

A côté de ces imbécilités absconses les plans d'austérité de droite sont des plaisanteries de collégiens.


AutorIn: Anti imposteurs
  Le coming out masculiniste de Pièces et main d’oeuvre
07.03.2017 19:12  
De la critique de la technologie à la réaffirmation de l’ordre patriarcal

Depuis plusieurs années, nous tâchons de comprendre, pour mieux la combattre, l’une des formes de l’anti-féminisme qui se développe en France : le « masculinisme ». Nous dénonçons la montée des groupes qui défendent les intérêts des hommes et dont l’idéologie se structure autour d’un fantasme qu’on peut résumer ainsi :
- le féminisme est allé trop loin, la société s’est « féminisée » et les femmes ont pris le pouvoir.
- la masculinité est en « crise » et les « vrais » hommes, sont devenus des perdants. Symboliquement castrés, ils ont perdu leurs repères identitaires et leur place dans la société.

Les masculinistes ne se contentent pas de nier l’existence du patriarcat, en tant que système social de domination, au prétexte que l’égalité entre les hommes et les femmes serait "déjà là". Leur imaginaire débordant va plus loin, produisant une fiction : la société « matriarcale » comme envers symétrique de la société patriarcale ; une société dans laquelle les femmes et les valeurs dites féminines asservissent les hommes. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette vision du monde n’est pas seulement défendue par quelques machos militants. Dans le contexte réactionnaire actuel, elle se répand en transcendant les traditionnels clivages « droite » / « gauche ». Et en ce moment, le masculinisme « de gauche » se porte bien. Inutile donc d’aller se perdre sur les forums des « pères perchés », ni même de se fader les 540 pages du dernier best-seller de Zemmour. On trouve à gauche de la gauche, plus précisément dans certains milieux libertaires, anti-industriels et écologistes radicaux, le pire de ce que l’idéologie masculiniste peut produire. Dernièrement, un exemple nous a touché.e.s près. Les « individus politiques » grenoblois de Pièces et main d’oeuvre [1] (qu’on abrègera ici en "PMO") ont publié un texte au contenu antiféministe, homophobe et transphobe qui n’est pas passé inaperçu dans les milieux militants. Intitulé « Ceci n’est pas une femme. À propos des tordus queer », ce texte méprisant est une violente charge contre des personnes et des groupes (femmes, lesbiennes, gays, trans, intersexes...). Mal dissimulée derrière une critique en apparence sophistiquée du Queer [2], ce pamphlet n’est en réalité rien d’autre qu’une attaque des fondements de la pensée féministe contemporaine qui a mis en évidence le fait que la naturalisation des « différences » entre femmes et hommes sert à justifier la domination de ces derniers. Si l’anti-féminisme de PMO n’était pour beaucoup qu’un secret de polichinelle, ce texte marque une étape de plus dans sa dérive réactionnaire. Malheureusement, toucher le fond n’aide pas toujours à remonter à la surface.

Dans ce texte, l’ennemi n°1 de PMO, c’est donc le « tordu queer ». Celui-ci dirigerait le monde aux côtés de ses alliés transhumanistes [3]. « Issu du milieu homo des universités new-yorkaises », il ne serait qu’un « rejeton de la technocratie bourgeoise » qui « écrase et méprise le peuple d’en bas ». Ce peuple, le « tordu queer » voudrait le « rééduquer », d’où « son effort d’entrisme dans l’enseignement, de la maternelle à l’université » [4]. Toujours dans ce texte, PMO brocarde et dénonce : les transsexuel.le.s / transgenres, que « les chirurgiens équipent ou débarrassent suivant les cas, d’un pénis détesté ou désiré », les intersexes (« Nous ne sommes pas tous intersexués, pas plus que nous ne sommes pas tous pieds-bots »), le « lobby LGBT » et « l’élite gay et lesbienne » qui aurait la mainmise sur le monde de la mode et voudrait « imposer l’homonormalité ». La liste de citations de cet acabit serait trop longue. Nous invitons les plus courageux.ses à se faire leur propre avis en lisant "Ceci n’est pas une femme". Nous savons que Pièces et main d’oeuvre a pris pour habitude de diffuser des textes provocateurs et insultants, s’amusant à observer les réactions des un.es et des autres comme les scientifiques qu’ils combattent observent des cobayes dans une cage. Ce jeu ne nous amuse pas. Notre intention n’est pas de reprendre, pour le démonter point par point, le contenu entier de ce texte aussi confus que méprisant, qui révèle une profonde ignorance des sujets évoqués. Nous souhaitons en revanche nous concentrer sur les extraits qui signent le coming out masculiniste de PMO.


Rien ne va plus : les femmes ont pris le pouvoir, les hommes sont dominés.


« Qu’est-ce qui fait courir les hommes ? Qui les oblige à se distinguer, à réussir, à se battre (entre eux), à être forts, beaux, riches, rusés, savants, drôles, artistes, etc. ? Pourquoi doivent-ils prouver leur valeur, ou à défaut inventer des anti-valeurs ? L’humour, la sensibilité, la désinvolture ? (Sartre, Gainsbourg, Woody Allen) Pourquoi doivent-ils être valeureux ? Que leur vaut cette valeur en fin de compte ? Une situation. Une position dans la meute. L’accès aux femmes. À la reproduction. À la satisfaction sexuelle pour ceux qui ne sont pas fous des éphèbes, ni des misogynes terrifiés par le redoutable vagina dentata. » p.16

Entrons donc dans le vif du sujet avec une idée affligeante : selon PMO ce sont les femmes qui créent la compétition entre les hommes et « les oblige[nt] à se battre (entre eux) ». À mi-chemin entre l’anthropologie de comptoir et le documentaire animalier, PMO nous offre une version revisitée du scénario stéréotypé de la conquête amoureuse mettant aux prises des hommes entreprenants et des femmes spectatrices des rivalités masculines. Ainsi, pour PMO, si un certain nombre d’hommes agissent de manière idiote et violente c’est pour « accéder » aux femmes, objets de convoitise (pour la « reproduction » et leurs « satisfactions sexuelles »). Si elles n’étaient pas là, rien ne justifierait de tels comportements. C’est donc de leur faute. En suivant cette logique, les hommes s’entretuent par milliers à cause des femmes, conduisent trop vite à cause des femmes, boivent trop d’alcool à cause des femmes, etc. Ils n’auraient tout bonnement pas le choix de faire autrement. Rendre les femmes responsables des comportements masculins engendrées par le patriarcat relève du procédé typique des masculinistes : inverser le sens des responsabilités et justifier la violence du système de genre. Or, sauf à défier toute logique, ce qui découle d’un système agencé par et pour les hommes ne peut raisonnablement pas être reproché aux femmes.

« Du point de vue féministe, aujourd’hui, naître homme, c’est naître coupable, s’en mortifier sans cesse et atténuer ce péché originel par une vie de contrition et de perpétuelles surenchères d’humilité. Les femmes prennent désormais le maître-rôle, le pouvoir, tandis que les hommes doivent trouver de nouvelles manières de leur prouver leur valeur. » p.17

Dans cet extrait, l’idée-maîtresse du discours masculiniste est explicite : l’homme est désormais une victime (des femmes qui auraient désormais le « maître-rôle, le pouvoir »). Il est sous-entendu que les féministes (peu importe lesquelles d’ailleurs) attendent des hommes qu’ils fassent carpette (« surenchères d’humilité »), se sentent coupables d’être nés hommes et s’en repentent éternellement (« une vie de contrition »). Il s’agit bien entendu d’un cliché très présent dans les discours anti-féministes qui vise deux choses : faire passer les féministes pour des tortionnaires et empêcher les hommes de prendre conscience des privilèges que leur octroie le seul fait d’être né homme dans une société patriarcale. Pour démontrer cette thèse masculiniste, PMO avance une « preuve ». Les femmes ont le pouvoir, du moins du pouvoir, et non des moindres : le pouvoir dans les rapports amoureux.

« Aujourd’hui comme hier, ce ne sont pas les hommes qui accordent leurs faveurs - ou non (…) Un cliché populaire le dit : ’Les hommes proposent, les femmes disposent’. S’il est un domaine où ’l’asymétrie des catégories’ détermine une hiérarchie, c’est bien dans les rapports amoureux, l’une des affaires majeures, sinon la grande affaire des humains. Un domaine où l’Amour sera roi, où tu seras reine. Où les hommes seront toujours plus les chevaliers-servants de leurs Maîtresses-dames (domina), suivant le modèle de la littérature courtoise étendu à l’ensemble de la société. Des esclaves passionnés ; des enthousiastes de la servitude volontaire ; des masochistes (de Sacher Masoch. La Vénus à la fourrure) » p.17

En guise d’argumentation, on a seulement droit ici à une glorification de ce « cliché populaire » qui a malheureusement la vie dure. PMO reprend à son compte le mythe patriarcal de l’amour courtois qui veut que les relations hommes/femmes soient réglées par les codes de la séduction galante qui placent l’homme en situation de vassal : l’amoureux tout dévoué - pour ne pas dire soumis - à sa belle, et qui alterne entre frustration et totale disponibilité. Il faut ainsi comprendre, dit de manière plus triviale, que les femmes « tiennent les hommes par les couilles ». Peu importe la réalité, finalement. Peu importe que les femmes soient poussées à céder aux demandes masculines et à se montrer sexuellement disponibles. Peu importe que la sexualité des femmes soit souvent une sexualité sous contrainte et que le désir féminin reste encore majoritairement subordonné au désir masculin, comme le montrent les études sur les pratiques sexuelles [5]. PMO semble ignorer cette réalité. Pourtant une simple attention aux interactions sexuelles de ses contemporains aurait pu l’éclairer sur le sujet. Alors qu’encore trop souvent les hommes imposent, comment se permettre de dire que « les femmes disposent » ? Ce genre de poncifs masculinistes a un double objectif : 1. occulter la cause de la plupart des violences sexuelles : l’injonction faite aux femmes de satisfaire le désir masculin, et 2. dédouaner les hommes violents qui n’auraient « pas pu » supporter leurs frustrations sexuelles. Contre les fantasmes de PMO sur les hommes « esclaves passionnés », faut-il rappeler le caractère systémique et l’ampleur des violences masculines contre les femmes ? 83000 femmes sont victimes de viols et tentatives de viols chaque année en France. Dans 70% des cas, la victime connait son agresseur (conjoint, ex, parent...). Une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son conjoint [6]. Chevaliers-servants, dites-vous ?


C’était mieux avant : la nostalgie d’une époque virile où les femmes étaient soumises.


« Notre société où les progrès technologiques dévalorisent la virilité et favorisent l’émancipation féminine, on n’en est plus à s’extasier devant les femmes pilotes de drones ou de bombardiers, scientifiques, informaticiennes, cadres, chefs d’entreprise, avocates, médecins, journalistes, politiciennes, etc. L’autorité paternelle abolie, les femmes, majeures à dix- huit ans, libres de faire des études, de travailler, de leur sexualité, d’avoir ou non des enfants, renversent peu à peu, dans tous les domaines et à tous les degrés de la hiérarchie, la suprématie masculine. » p.16

Que faut-il comprendre de ce passage ? PMO passe son temps à critiquer les progrès technologiques. Or, PMO nous dit que ces mêmes progrès conduisent à dévaloriser la virilité et à favoriser l’émancipation féminine. Doit-on en conclure que ces évolutions sont, pour PMO, négatives ? Les vraies valeurs, les valeurs viriles, sont menacées : voilà encore un thème classique des masculinistes. Quant aux femmes, elles prennent un peu trop de libertés – cela est sans doute dû au technocapitalisme et aux machines (le lave-linge peut-être ?). C’est inquiétant, il faudrait s’en soucier. On comprend que ces évolutions sont fâcheuses. On en déduit qu’il faudrait défendre l’ordre social sexuel pour que chacun.e reste à sa place et qu’on ne perde pas tous nos repères. Que PMO se rassure. La « suprématie masculine » n’est pas sur le point d’être renversée. En tant que groupe dominant, les hommes disposent toujours du pouvoir social et du pouvoir sur les femmes. Avancer que la suprématie masculine disparaît peu à peu revient à nier le problème et à ôter toute légitimité à celles (et ceux) qui continuent de lutter contre le système patriarcal. C’est la raison d’être même du mythe de « l’égalité déjà-là ». PMO alimente ce mythe anti-féministe en faisant sa liste des professions qui seraient désormais suffisamment féminisées pour qu’on n’ait plus plus à s’en « extasier ». Rappelons que les femmes pilotes de bombardier ne sont pas légion. Sous-représentées dans la plupart des métiers et fonctions cités (informaticiens, chefs d’entreprises...), elles restent des anomalies statistiques, des exceptions qui confirment la règle (en France : 17% des ingénieurs et 10% des élèves des écoles d’informatique. 6% des dirigeants des sociétés du CAC40, 3% des pilotes de chasse). La plupart des emplois rémunérateurs, des activités prestigieuses, et des fonctions hiérarchiques sont toujours des sanctuaires masculins. Et quand un métier se « féminise » c’est parce que les hommes le désertent et qu’il perd de son prestige social. Quant au plafond de verre, il ne s’agit pas d’un mythe, contrairement à « l’égalité déjà-là ». On ne s’extasie plus devant la mauvaise fois de PMO. Soulignons seulement que ce procédé rhétorique relève d’une stratégie classique des masculinistes : faire passer la marge pour le centre, LE cas exceptionnel pour la norme. On nous parle d’une femme pilote de chasse : et d’un coup, les femmes sont partout, ce sont elles qui ont le pouvoir. En ce qui nous concerne, nous ne souhaitons pas qu’il y ait plus de femmes chefs d’entreprise ou pilotes de bombardier. Nous souhaitons une société sans rapports de domination. Mais ne pas reconnaître que des inégalités entre hommes et femmes perdurent est un positionnement grave. Que les femmes (d’autant plus si elles ne sont pas blanches et avec papiers) constituent le gros du bataillon des pauvres, des emplois subalternes et à temps partiels subis ne semble pas incommoder PMO trop occupé à véhiculer ses fantasmes sur les femmes au pouvoir. Que dire, pour finir, au sujet du passage sur « l’abolition de l’autorité paternelle ? PMO regrette-il le bon vieux temps du règne du Pater familias et de l’éducation à la dure ? Si effectivement l’autorité paternelle, en tant que terme juridique, a disparu au profit de « l’autorité parentale », dans les faits la domination paternelle sur les femmes et les enfants persiste. L’idéologie patriarcale veut que ce soit l’homme qui incarne l’autorité dans SA famille et fixe le cadre pour SES enfants. Les masculinistes nous disent que sans la présence de l’homme et de son autorité « naturelle » les enfants deviennent délinquants, toxicomanes ou, pire, homosexuels [7]. Cette idéologie continue de justifier certaines formes de violences en enfermant les hommes dans cette image du père fouettard, plus à même de dispenser des coups que de donner de l’amour. Est-ce de cela dont PMO se sent nostalgique ?


Sauvons les hommes (hétérosexuels) : Le mâle, seul rempart contre l’indifférenciation des sexes et des sexualités.


« Mais bien sûr, [la reproduction artificielle de l’humain] permettra aussi aux androphobes, révulsées par l’ignoble phallus perfossor, de faire des filles sans recours aux hommes. » p.23

Pour PMO - et les masculinistes - les hommes sont à plaindre. Les femmes ont pris leurs places et les valeurs masculines traditionnelles sont disqualifiées et moquées par les féministes (« phalus perfossor »). Mais le pire reste à venir. Les hommes pourraient à terme être purement et simplement mis hors jeu dans le processus de reproduction. Exit le mâle ! Grâce aux technologies de la reproduction (Procréation Médicalement Assistée, ou « PMA ») et à la complicité du pouvoir bio-médical, les femmes (et les queers !) auraient le pouvoir de faire des enfants entre elles ou toutes seules. Se passer des mâles pour procréer, voilà une angoisse que PMO partage avec les défenseurs de l’ordre patriarcal et de la famille « traditionnelle ». Ce combat contre la « reproduction artificielle de l’humain » (mené de front avec des auteurs appartenant plus ou moins au même courant de pensée, tels Alexis Escudero [8] ou Hervé Le Meur [9]) s’inscrit en effet dans cet imaginaire masculiniste. Il nous faudrait comprendre que les femmes disposent désormais des moyens de répondre « au vieux désir des hommes de faire des fils sans recours aux femmes ». Pour elles, faire des filles sans les hommes, ce serait devenu possible ; l’occasion rêvée pour les féministes bien aidées par la technologie, de se venger, en quelque sorte. La PMA serait donc critiquable parce qu’elle retire du pouvoir aux hommes dans la reproduction : après l’accès des femmes à la contraception et à l’avortement, l’accès à la PMA pour toutes parachèverait le processus. Les hommes perdraient ainsi définitivement le contrôle sur la fécondité des femmes. Voilà ce qui est proprement insupportable, pour les masculinistes comme pour PMO.

« Où l’on voit que l’industrie agro-chimique ne fabrique pas que des obèses, et ne féminise pas que les poissons et les crocodiles. » p.10

Ce passage fait manifestement référence aux pollutions chimiques (notamment hormonales) susceptibles d’entraîner la « féminisation » ou la « dévirilisation » des mâles humains. Cette idée (que l’on retrouve également chez Alexis Escudero) repose sur des études scientifiques tendant à montrer l’augmentation des anomalies sexuelles et la baisse croissante de la fertilité dans les sociétés industrielles avancées : baisse du nombre et de la qualité moyenne des spermatozoïdes, problèmes de développement sexuel de l’embryon, réduction de la taille testiculaire... Les « perturbateurs endocriniens », ces molécules affectant l’équilibre hormonal et que l’on retrouve dans certains produits chimiques (phtalates ou bisphénol A) présents dans les emballages, les produits cosmétiques, etc., seraient les principaux responsables. S’il ne faut pas sous-estimer la gravité du problème, certains comme PMO laissent à penser que la possible « féminisation de l’espèce » est la principale menace. Le pire à venir ne serait pas la fin de l’humanité, mais la venue d’une humanité sans mâle. Une humanité dans laquelle tous les humains sont des femmes ? horreur ! La question des troubles de la reproduction sert ici à alimenter le fantasme de la disparition des mâles. Une vision misogyne et masculiniste sous-tend bel et bien cette critique de « l’industrie agro-chimique » et de nos modes de vie.

« Le chromosome mâle est « petit », « ténu », « fragile », « chétif et peut-être éphémère » ; il ne cesse de perdre des gènes depuis 180 millions d’années - il ne lui en reste que 3 %. Il pourrait disparaître d’ici quelques millions d’années - voire plus vite encore si des généticiens queer prennent en main l’évolution et l’amélioration de l’espèce humaine. » p.11

« Et la généticienne Jenny Graves d’en conclure « que le Y n’est plus indispensable pour assurer ces fonctions « mâles ». » Bon débarras, tiens !... Et prends ça dans les couilles, vieux chromosome patriarcal hétéronormé ! » p.11

« Cela reste vrai à ce jour, seule l’union de gamètes mâles et femelles, fut-ce dans une éprouvette, peut aboutir à la formation d’un embryon. Cela ne le sera peut-être bientôt plus, si les fiévreuses recherches pour fabriquer des embryons à partir de gamètes exclusivement mâles ou femelles portent leurs fruits. On voit le bond en avant pour l’humanité qui pourra ainsi potentiellement se débarrasser de l’une ou de l’autre de ses moitiés, en finir avec la reproduction sexuée, développer une société séparée suivant les limites de genre, imposer l’homonormalité, etc. » p.14

Pour PMO, le problème de la féminisation de l’espèce n’est pas seulement le fait de l’industrie. Il serait également le résultat de l’évolution. Ce texte nous plonge dans un récit de très mauvaise science-fiction dont l’arrière-plan est toujours la disparition du mâle. Peu importe que celle-ci soit vaguement estimée dans 3 millions d’années, l’important est de frissonner. Pour PMO, il y aurait une convergence d’intérêts et de vues entre différents acteurs : les queers qui voudraient effacer les frontières entre masculin et féminin, mais aussi entre mâle et femelle ; l’industrie agro-chimique qui pollue l’environnement ; et les transhumanistes qui rêvent d’humains augmentés. Autrement dit, on serait face à une mystérieuse alliance « d’androphobes » (d’autres auteurs masculinistes préfèrent utiliser le terme « misandres » pour décrire cette haine supposée des hommes) qui auraient en commun la haine du vivant et de la nature. Or ce front commun est une affabulation.

Si la fin du mâle reste une pure fiction, ce qui par contre est bien réel dans ces écrits et l’esprit de leurs auteurs, c’est la peur panique de l’indifférenciation sexuelle, ce vieil épouvantail patriarcal. En d’autres mots, les ennemis de PMO sont celles et ceux qui encouragent la confusion des genres et la remise en cause de la norme hétérosexuelle. Ce qui se joue n’est donc pas le drame auquel on voudrait nous faire croire, à savoir la destruction de l’espèce, mais plutôt le repli d’un courant de la critique radicale sur la défense de la domination masculine.

[1]  http://www.piecesetmaindoeuvre.com
[2] En anglais, "queer" veut dire "louche", "bizarre". Originellement utilisé pour insulter les personnes qui ne rentrent pas dans la norme hétérosexuelle (homo, lesbiennes, trans...), le mot a été réapprorié par ces dernières pour revendiquer et affirmer cette position sociale.
[3] Le lobby transhumaniste travaille à rendre l’humain immortel, par le biais d’une hybridation avec la machine.
[4] II est intéressant de noter que cette idée est partagée par les partisan.e.s de la « Manif pour tous » : l’école serait envahie par le « lobby LGBT ».
[5] Les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à dire qu’elles ont déjà eu des rapports sexuels uniquement pour faire plaisir à leurs partenaires. Elles optent par ailleurs pour des positions plus susceptibles de procurer du plaisir à leurs partenaires qu’à elles-mêmes. Voir notamment l’ouvrage Enquête sur la sexualité en France , Bajos, Bozon (dir), La Découverte, 2008.
[6] Sources : Lettre de l’Observatoire national des violences faites aux femmes, « violences sexuelles et violences conjugales, combien de victimes ? », novembre 2013, et « Chiffres-clés – Les violences faites aux femmes – Ministère des droits de femmes, édition 2014 ».
[7] C’est l’une des thèses défendues par Guy Corneau dans l’ouvrage au titre évocateur Père manquant, fils manqué, Les Editions de l’Homme, 1992.
[8] Escudero Alexis, La reproduction artificielle de l’humain, Le monde à l’envers, 2014.
[9] Le Meur Hervé, « Faut-il changer la nature de la filiation ? », L’écologiste n°40, été 2013 et www.piecesetmaindoeuvre.com



AutorIn: Collectif Stop Masculinisme
  Pièces et main d’oeuvre à la rescousse des vrais hommes
07.03.2017 19:15  
« Ceci n’est pas une femme » : Pièces et main d’oeuvre à la rescousse des vrais hommes ?

Nous avons lu le dernier texte de Pièces et main d’oeuvre (ou "PMO", www.piecesetmaindoeuvre.com) "Ceci n’est pas une femme (à propos des tordus queer)" et nous sommes, comme tant d’autres, consternés. Nous tenons ici à condamner fermement ce texte et souhaitons, en tant qu’hommes, nous dissocier publiquement des positions politiques qui y sont défendues. Nous ne serons ni complices, ni silencieux face à de tels discours réactionnaires. Nous affirmons au contraire notre solidarité avec celles et ceux (femmes, féministes, lesbiennes, gays, transgenre, intersexes) qui sont insulté.e.s et attaqué.e.s dans ce pamphlet. La réaffirmation de l’ordre patriarcal, qu’il soit "de droite décomplexée" ou "anti-industriel", ne se fera pas en notre nom.

1) Un texte ouvertement anti-féministe

Pièces et main d’oeuvre a une idée fixe : traquer partout les "transhumanistes". Pour ce faire, PMO tire à boulets rouges sur les alliés, prétendus ou avérés, de ces promoteurs de "l’homme-machine". Sauf que le canon, qui certes fait du bruit et des dégâts, est d’une précision douteuse, et sert souvent à assouvir de bien bas instincts.

De prime abord PMO semble ici exposer ses critiques des théories et militant.e.s Queer. Ce texte pourrait être une contribution à un débat stimulant et pointu… sauf qu’on s’aperçoit bien vite que derrière sa charge contre le(s) Queer(s), PMO s’attaque en réalité au féminisme. Et plus précisément à l’un de ses apports majeurs : le fait d’avoir mis en évidence la construction sociale de la différence des sexes, et d’avoir montré que la domination hétéro-patriarcale repose sur l’idéologie de la différence "naturelle" des sexes. Une idéologie qui légitime et renforce les discriminations et l’oppression contre tou.te.s les individu.e.s qui ne sont pas "hommes".

PMO souhaite, à sa manière, réaffirmer qu’hommes et femmes sont fondamentalement différent.e.s. Que cette différence est fondée en nature. Et que c’est très bien comme ça ! L’invocation de la "Nature" ou de fantasmes et poncifs éculés est un procédé classique pour museler la critique féministe. On en retrouve malheureusement une nouvelle version dans les milieux "anti-industriels" et écologistes (réformistes comme radicaux).

PMO se place en défense de la majorité silencieuse : les hommes, les vrais, les hétéros, moqués, stigmatisés, dévirilisés par les machines, dominés par le « lobby LGBT » qui rêverait d’imposer "l’homonormalité". Pour notre part, nous ne croyons pas que les hommes-hétéros-virils soient une espèce en voie d’extinction. Nous distinguons en revanche clairement l’entourloupe qui consiste à faire passer comme subversif un discours qui défend les privilèges de groupes sociaux dominants : pères divorcés contre "la justice matriarcale", patrons contre les grévistes "preneurs d’otages", Français de souche contre "le racisme anti-blancs", et maintenant PMO en défenseur des hétéros contre "la cabale queer"... Désolés, mais nous n’avalerons pas de telles couleuvres.

2) Une démarche théorique malhonnête

La critique du queer proposée par PMO est mal menée. Elle repose sur une série d’assertions sans fondements et de raccourcis énormes dans l’argumentation. Elle est orientée et résulte d’interprétations pour le moins étranges d’articles que nous n’avons visiblement pas compris de la même manière. Enfin, elle se base sur une méconnaissance criante de la diversité des approches queer. PMO fait par exemple l’impasse totale sur les critiques queer anticapitalistes. L’équivalent serait d’envoyer PMO dans-une-grotte-éclairé.e.s-à-la-bougie. Peut mieux faire, non ?

L’avalanche d’explications étymologiques, de références et de tournures érudites masque mal des raisonnements alambiqués, des généralisations abusives, bref, une rhétorique "tordue" et pédante qui renvoie le lecteur ou la lectrice dans ses petits souliers, au lieu de l’encourager à penser.

Pour faire une critique sérieuse d’un courant théorique et d’un mouvement politique, nous aurions attendu de PMO qu’il commente au moins ses ouvrages principaux, ou les actes de ses militant.e.s. Mais la plupart des maigres articles "queer" cités et critiqués par PMO sont tirés de la presse mainstream. C’est comme si quelque "champion de la critique sociale" pointait la bêtise des anti-industriel.le.s en s’appuyant sur les rares et courtes tribunes qu’on leur prête dans Libération ou Le Monde.

Enfin, le rapport aux études scientifiques est contradictoire : écartées d’un revers de manche quand elles vont à l’encontre du raisonnement de PMO, elles sont au contraire brandies comme des étendards quand elle abordent la disparition du chromosome Y (éventuellement prévue dans 3 millions d’années...).

Bref, l’exercice critique que se propose PMO est complètement bâclé, en plus d’être malhonnête et pétri d’arrogance. Ce qui nous pose question sur l’intention à la base.

3) Est-ce que PMO aspire à un changement social ?

Changeons (apparemment) de sujet et adressons-nous directement à PMO. Dites-nous une fois pour toutes : cette fuite en avant techno-totalitaire, sur laquelle vous ne cessez de nous alerter, est-ce qu’on peut l’arrêter ? Est-ce que ça impliquerait une révolution, ou quelque chose dans le genre ? Qui la mènerait, cette révolution ? Selon vous, sûrement pas le "gratin écolo-techno-gay". Ni les polémistes depuis leur tour d’ivoire, vous en conviendrez. Alors, qui ? Le reste de la population ne semble pas plus digne de confiance à vos yeux. Entre "victimes dominantes", "enthousiastes de la servitude volontaire" et "insectes sociaux-mécaniques", on se prend à penser que l’humanité est de toutes façons une erreur de la « Nature ».

Rassurez-vous, nous ne vous demandons pas : "Que proposez-vous ?" pour être "crédibles". Mais nous aimerions savoir si vous y croyez. Parce que nous, qui croyons dans une transformation radicale de cette société, qui ne la voyons pas autrement que dans l’alliance entre personnes issues de "mondes" les plus divers, des queers aux écolos radicaux, en passant par les ouvrier.e.s et les immigré.e.s, nous ne comprenons pas vraiment la facilité avec laquelle vous vous permettez de caricaturer l’un des mouvements d’émancipation encore vivants, comme tout ce qui ne rentre pas dans le cadre très étroit de votre grille d’analyse.

Non pas qu’il faille s’interdire de débattre "entre nous". Mais simplifier, provoquer, insulter, se défouler (se venger ?), c’est tirer le débat vers le bas. Alors nous nous demandons si votre négligence apparente, votre indifférence devant la nécessité de partager une analyse sociale de qualité, est liée à vos hypothèses sur le devenir humain. Dites-nous franchement, PMO, selon vous, l’humanité est-elle fatalement coincée dans la violence de ce "désir mimétique" théorisé par René Girard, que vous citez dans votre pamphlet ? Au fond, mérite-t-elle autre chose que le cataclysme technologique, que vous décrivez d’ailleurs inlassablement comme inéluctable ? Ou mérite-t-elle qu’on fasse un peu d’efforts pour "construire ensemble" ?

Si pour vous la réponse est "non", ce n’est plus la peine de nous infliger vos états d’âmes, nous continuerons sans vous.

Quelques hommes hétéros, militants anti-autoritaires, anti-capitalistes, critiques de la technologie ET sensibilisés au féminisme... sans doute du genre de ceux que PMO appelle "chevaliers-servants de leurs Maîtresses-dames" ou encore "radicalistes ignares et benêts".

Grenoble, janvier 2015

 https://grenoble.indymedia.org/2015-01-10-Pieces-et-main-d-oeuvre-a-la


AutorIn: ---
  Savoir ce que nous voulons !
07.03.2017 19:43  
Ce texte, comme tous ceux de Le partage, pose la question de savoir ce que nous voulons. Voulons-nous sauver notre mode de vie, cette civilisation industrielle de consommation qui est en train de tuer le vivant sur Terre, et tou-te-s crever, ou voulons-nous nous sauver?

A voir les réactions précédentes, dont le dernière n'a même rien à voir avec le sujet de l'article, celles et ceux qui veulent nous faire tous crever ne supportent pas l'idée que certain-e-s soient prêt-e-s à résister!


AutorIn: écolo
  Procès d'intention
08.03.2017 00:08  
Les deux commentaires ci-dessus n'ont rien à voir avec le contenu de cet article, donc si un seul article de tout un site suffit à leurs auteurs pour rejeter tout le site, cela prouve juste qu'ils ne font rien d'autre qu'un procès d'intention digne du moins tolérant des racistes primaires.

Vous ne mettez même pas un lien sur le texte que vous critiquez, ce qui fait que l'on doit vous croire sur parole ou perdre son temps à faire une recherche... Recherche faite, l'article que vous critiquez à pour auteur PMO alors que celui-ci a pour auteur Tomjo.

Cet article je le trouve très bien car il pose entre autre la question de savoir ce que nous voulons: soit une société dans laquelle l'écologie est industrielle et contribue de ce fait à entretenir la société de consommation et à tuer le vivant sur Terre, donc à nous faire tou-te-s crever, soit une écologie qui subordonne le progrès au respect du vivant et du non-vivant et où donc nous avons une chance durable de survie et où nos descendants auront autre chose qu'un environnement où les ressources auront été remplacée par des poubelles toxiques.

A voir les autres réactions primaires que cet article suscite, les partisans de tou-te-s nous tuer n'aiment pas que l'on s'en prennent à leur mode de vie exploiteur, mortifère et déprimant! Et ils osent encore nous parler de révolution! mdr!!!!!!!!!!!!!!!


AutorIn: Dominique
  Dimension cachée
08.03.2017 00:09  
HORS SUJET PATENT !!! L'article ne portant pas sur votre obsession vous répondez à côté avec des km de lettres alors que vous auriez pu résumer tout ça en 3 lignes bien écrites...

Petit problème: les analyses de sperme montrent une réduction du nombre moyen de spermatozoïdes ( -30% ) en EUROPE OCCIDENTALE et AMERIQUE DU NORD, pas ailleurs !!!

Donc: 1- le tabac n'est pas la cause de ce phénomène quantitatif, 2- La pollution non plus ( CHINE ). 3- les perturbateurs endocriniens non plus (l'homogénéité du phénomène exclut cette hypothèse)...

SOCIO-PSYCHO-SOMATIQUE ???


AutorIn: Anti
  Procès d’intention ?
08.03.2017 14:33  

« si un seul article de tout un site suffit à leurs auteurs pour rejeter tout le site, cela prouve juste qu'ils ne font rien d'autre qu'un procès d'intention »

Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas d’UN SEUL ARTICLE, mais d’une ligne générale antiféministe, sexiste, autoritaire, homophobe, islamophobe… par des gens qui ne tolèrent pas la moindre critique.

Le fait qu’ils disent des choses intéressantes sur le sujet des nanotechnologies ne peut pas faire oublier le reste, sinon on pourrait aussi bien laisser Caroline Fourest nous parler de féminisme ou le CCI du prolétariat sans chercher à savoir ce qu’ils représentent par ailleurs.

Pour plus d’informations, il y a des liens.

 http://oi.crowdagger.fr/post/2013/09/16/Les-dérives-confusionnistes-de-Pièces-et-Main-d-œuvre

 https://grenoble.indymedia.org/2016-06-15-Pieces-et-main-d-oeuvre-va-t-il

 https://grenoble.indymedia.org/2015-01-10-Pieces-et-main-d-oeuvre-a-la

 http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=711

Quant à l’article signé Tomjo, il a bien pour origine PMO :

 http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=416


AutorIn: vraiment ?
  AD IGNORANTIAM...
09.03.2017 15:21  
OK, on sait depuis le début que l'article a été publié par PMO...

Mais cet article n'est pas sur l'islam, ni sur le féminisme...

C'est peut-être UTILE de dénoncer les "tares" du site sur lequel il est publié ( 2 ou 3 lignes seraient suffisantes ), mais ça ne répond pas à l'article lui-même, sauf si vous nous expliquiez le lien étroit entre les 2...


AutorIn: Anti....
  Puisque c’est UTILE…
09.03.2017 16:28  

Je ne crois pas qu’on peut dénoncer en « deux ou trois lignes » les tares d’un site comme Pièces et main-d’oeuvre, mais si certains pensent que c’est malgré tout UTILE, voilà qui est fait.

Les autres pourront continuer à discuter sur le sujet sans se préoccuper de savoir avec qui ils discutent. A ce compte-là, on peut aussi discuter avec des gens qui ont des buts incompatibles avec les nôtres. A un moment de la discussion, il faudra pourtant leur demander où ils veulent en venir.


AutorIn: Pinailleur
  Mais oui...
09.03.2017 17:01  
Le thème de l'article n'étant pas "PMO", il me parait plus correct de signaler en 2 ou 3 lignes que ce site est douteux, voire suspect, ou même infect... Mais cela ne répond pas à l'article de DEEP ECOLOGY qui me parait encore plus con et plus grave que le reste !!!

NB: la révolution française n'a pas donné le droit de vote aux femmes et le mouvement chartiste en GB ne demandait le suffrage universel que pour les hommes, idem pour la révolution de 1848 en FRANCE. La question est donc importante...et mérite largement des articles spécifiques. Pas d'être traitée en contrebande dans des articles sur d'autres sujets.


AutorIn: Anti
  eh oui
10.03.2017 15:07  
Ceux qui veulent répondre à DEEP ECOLOGY ont tout le loisir de le faire, je ne vois pas en quoi une digression sur PMO peut les déranger, à moins de vouloir perdre encore plus de temps à y répondre, mais dans quel but ?

La question reste : pourquoi PMO, qui défend des positions antiféministes, sexistes, autoritaires, homophobes, islamophobes, tient-il tant à publier sur Indymedia, qui est a priori à l’opposé de ses positions ?


AutorIn: Pinailleur
  Lisibilité
10.03.2017 15:34  
Ce site devient illisible car, presque systématiquement des intervenants commettent des ARGUMENTUM AD ODIUM et AD HOMINEM, des réponses non synthétiques plus longues que l'article, sans parler de l'ambiance PARIS MATCH (le choc des mots, le poids des images)...

Des nouveau lecteurs vont fuir ce style de débats où domine l'impression de querelle byzantine entre sectaires qui s'excommunient comme des forcenés...avant de s'entr'égorger sous les yeux goguenard de la gauche caviar, de la droite et des fachos...


AutorIn: Anti
  une digression ?
17.03.2017 11:42  
Savoir QUI écrit quoi et dans quel but, c'est une digression ?

A ce compte-là, on pourrait aussi bien publier un texte d'Hitler sur le végétarisme sans que ça pose problème !


AutorIn: ?!
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